Le CNRS recrute

"Comme tous les ans", me direz-vous.  "Pourvu que ça dure !", renchériront certains.
Bon, je ne vais pas vous faire la liste de tous les postes ouverts à concours, d'autant qu'il y a un site expressément prévu pour ça. Et puis, ce n'est pas la vocation de Hierogeek que de s'intéresser à la biologie moléculaire ou à la gestion financière, même si ces secteurs d'emploi ont également leurs vertus propres, leurs parangons et leurs joies simples.
Je ne parlerai ici que d'un seul concours: le n° 188.

Alors, lorsque l'on accède à la liste récapitulative des postes ouverts à concours, voici ce que l'on a en regard du n° 188:

  • BAP D: BAP pour branche d'activité professionnelle; en l'occurrence la BAP D est consacrée aux Sciences humaines et sociales - Analyse de sources anciennes.
  • Corps IE: non, il ne s'agit pas d'un célèbre explorateur internet, mais du corps statutaire de la fonction publique au sein duquel le/la futur-e lauréat-e du concours sera rattaché-e; en l'occurrence Ingénieur d'études. Les perspectives d'évolution de carrière sont le passage, sur concours et parfois examen professionnel, dans le corps des ingénieurs de recherche (IR).
  • L'intitulé de l'emploi-type confirme les informations décryptées auparavant: Ingénieur d'études en analyses de sources (on aurait pu préciser "anciennes", pour faire bonne mesure, mais point trop n'en faut).
  • Nombre de postes: 1. Sans commentaire.
  • Unité: en clair, la structure au sein de laquelle le/la lauréat-e du concours ira travailler; c'est histoire de dire que personne n'est pris en traître en apprenant sa nomination. Ici, c'est Orient et Méditerranée, textes - archéologie - histoire. À noter que les concours comportant plusieurs postes à pourvoir peuvent indiquer "Plusieurs affectations".
  • Ville: l'endroit où le/la lauréat-e du concours ira travailler. S'il y a plusieurs affectations possibles, la localisation géographique de chaque affectation est indiquée dans le descriptif du poste.

Et le concours n° 188, c'est quoi exactement ?

Le plus simple reste encore de faire un magnifique copier-coller du descriptif du poste. J'ai néanmoins pris la liberté de corriger les quelques coquilles et fautes d'expression qui traînaient de ci de là.

Missions

L'ingénieur d'études assume la responsabilité d'établir le corpus documentaire issu des campagnes de fouilles, passées et à venir, jusque et y compris les étapes finales de publication.
Il seconde le directeur de la Mission archéologique française de Saqqara en assurant une grande partie de la logistique du chantier de fouilles (3 mois en moyenne par an) et le suivi des travaux pendant le reste de l'année.

Activités

  • Participer au chantier archéologique pendant toute la durée de la fouille : relevés iconographiques et épigraphiques, suivi des recherches et gestion.
  • Concevoir, constituer, développer des bases de données relationnelles couvrant tous les domaines en cours d'étude : matériel archéologique, épigraphique, fac-similés numérisés, photographies.
  • Établir une analyse critique des données archéologiques et collation des données bibliographiques nécessaires à l'établissement de l'appareil critique.
  • Concevoir et réaliser les différents supports destinés à l'archivage et à la diffusion : numérisation et mise en forme des relevés épigraphiques et iconographiques.
  • Transférer des savoir-faire et des techniques aux membres de l'équipe.
  • Établir des notes de synthèse sur les recherches existantes ou en cours.
  • Participer à la rédaction et à l'édition des publications de la Mission, assises sur un large corpus documentaire.

Compétences

  • Capacité à mettre en oeuvre des méthodes, des techniques et des outils d'analyse des sources anciennes.
  • Connaissances approfondies en égyptologie.
  • Connaissance approfondie de l'Ancien Empire égyptien (corpus et interprétations).
  • Bonne connaissance de l'égyptien hiéroglyphique de l'Ancien Empire, en particulier dans un contexte funéraire.
  • Maîtrise des techniques de recherche bibliographique.
  • Maîtrise des outils informatiques et des logiciels spécialisés de traitement et de formalisation des données, en particulier les bases de données relationnelles et le dessin numérique.
  • Connaissance des pratiques internationales de mise en forme et de communication propres à l'égyptologie.

Contexte

Dans le cadre d'une recherche sur la fin de l'Ancien Empire égyptien et les bouleversements qui l'ont marqué, la mission mène des recherches archéologiques de terrain dans la nécropole du roi Pépy Ier. En effet, les corpus existants pour cette période (~2200 avant notre ère) sont relativement étroits et laissent de grandes incertitudes sur les connaissances historiques qui peuvent en être extraites. Seules de nouvelles fouilles peuvent élargir ces corpus. De ce point de vue, le complexe funéraire de Pépy Ier où huit pyramides de reines ont été déjà découvertes, est un site exceptionnel, qui a déjà produit des milliers de documents inscrits ou décorés, et qui reste riche de découvertes potentielles. L'ensemble des données recueillies sur ce site, déjà acquises et à venir, nécessite un traitement et une analyse critique qui conduisent à un véritable corpus documentaire susceptible de constituer, pour l'ensemble de la communauté scientifique concernée, un outil de recherche efficace permettant de produire de nouvelles connaissances sur cette période encore très mal connue de l'histoire de l'Égypte ancienne.

Donc voilà un poste en égyptologie ouvert à un concours accessible dès l'obtention de la Licence.
Inutile de se leurrer: à moins d'avoir fait un cursus parallèle, un étudiant licencié en Histoire de l'art et/ou Archéologie pourra difficilement pourvoir un tel poste. Un étudiant diplômé de premier cycle de l'École du Louvre, spécialisé en Archéologie égyptienne, aurait plus de chances.
Mais il faudrait à l'un comme à l'autre avoir fait des stages de fouilles (c'est le minimum attendu d'un étudiant en archéologie, de toute façon), et avoir participé à des stages post-fouilles ou à des publications. Et c'est là que ça risquerait de bloquer. Un étudiant avec un master en égyptologie aura davantage de chances.
Et il ne faut pas oublier les compétences annexes, qui ne sont pas forcément acquises au cours du cursus universitaire (techniques de numérisation, bases de données, dessin numérique).

Tout ce laius pour nous dire que c'est foiré d'avance... Super !

Euh... Hum... Il ne faut pas hésiter à concourir, quoi que mon billet puisse laisser penser l'inverse.
D'une part parce que c'est toujours une expérience; vous serez mieux armés au prochain concours. D'autre part parce que ça peut permettre de vous faire connaître des membres du jury, ce qui peut parfois s'avérer utile.

Pour ma part, ne disposant pas d'un diplôme de niveau Licence ou équivalent, inutile que je tente ma chance. Lorsque j'obtiendrai mon DUESE niveau Approfondissement (quatre années d'égyptologie, quand même) 1, je ne m'en priverai pas en revanche. Il me faudra obtenir une équivalence, et donc ce n'est pas gagné; mais le coup vaut la peine d'être tenté - alors hors de question que je m'en prive.

 


1: L'an prochain si tout va bien, et si Djéhouty le permet. Je vais peut-être devoir sacrifier un ibis ou un babouin...